Je suis un enfant de Madagascar, né à Tananarive. Mon enfance se passe entre la capitale citadine et les campagnes environnantes, entre une ville en pleine effervescence et le calme des villages et des rizières séculaires. Élevé par des grands-parents aimants, ma grand-mère voulait que je suive ma scolarité aux écoles Providence puis Saint-Michel d’Amparibe Antananarivo, elle m’a éveillé à l’art et à la culture (concert, théâtre, chant chorale…) quand mon grand-père, illustre rugbyman des Cheminots, était tout simplement mon modèle de courage et de droiture.

Nosy-Be, l’île parfumée de l’Océan Indien était mon terrain de jeux pendant les grandes vacances. La pêche en pirogue à balancier et barbecue à la plage, les huitres sauvages à même le rocher, les mangues vertes au piment, les bonbons coco et pistache, les brochettes de zébu et autres bananes grillées consommées en mode rendez-vous entre copains, les fameux « firiry laoko » ou poissons frits, etc… Vous ne me croyez pas? Allez-y et vérifiez par vous-même(s). Ceux qui ont connu cette époque se souviennent sans doute du cabaret du Vieux Port du vendredi, King’s City, Hôtel de la Mer, mais aussi nos « fous » enchantés comme Mouvement Saïd, Be Dia, Tara Lavodety, Madame Descampes)

Diégo-Suarez est la ville de ma jeunesse. Le lycée français Sadi Carnot! On y suivait sa scolarité de la maternelle à la terminale. Plus qu’une école, une véritable institution où les mots bienveillance, camaraderie, solidarité faisaient sens. Ah, le bon vieux temps. (Flash; Nouvel Hôtel; cinéma Ritz; Place Kabary; Place musique; Place Joffre; la télé en noir et blanc, puis en couleur, de Lampan’ny tanàna; une petite bouteille de Coca, de Caprice ou de Bonbon Anglais après un match de basket; etc…). Fan de Michael Jackson et de Johnny Clegg, je commençais à mon adolescence à explorer l’espace scénique par la danse et faire ainsi quelques incursions dans le monde du spectacle.

Puis la vie en France. La transition culturelle était amorcée auparavant par mes années au lycée français de Diégo Suarez (Antsiranana). Étonné tout de même de faire connaissance avec un territoire aussi vert, ne serait-ce que pendant la descente de l’avion sur Orly qui laissait percevoir la grande forêt de Fontainebleau par le hublot. A force de s’éveiller à la préservation de la forêt malgache, mon esprit a fini par croire que le monde extérieur n’était plus qu’un désert. C’est avec ce genre de constat qu’on commence un travail en profondeur sur la relativité dans le savoir.

Pourquoi fallait-il que je passe un test en français et en mathématiques avant de pouvoir intégrer mon nouveau lycée? Bon, j’ai réussi le test, ouf!!!. Il s’avère que c’est resté encore aujourd’hui ce type de lycées publics « select » qui veulent s’assurer un fort taux de réussite au bac pour la bonne réputation, ah, la sélection…Mais nos années lycée n’étaient-elles pas les plus belles? Juliette et ses parents m’invitaient à déjeuner avec eux parce que le grand-père avait été officier-militaire à Madagascar, ce temps béni des colonies que je ne connaissais pas, mais on apprend aussi l’Histoire parfois de façon inattendue n’est-il pas?

Avec les années Fac, j’ai définitivement acquis la conviction que non seulement le monde est vaste, mais il est riche de toutes ses belles âmes, et quelle chance d’en avoir croisé la route de certaines! Des âmes souriantes de tous pays, de toutes nations, de toutes origines…c’est pour chanter ce monde d’espoir que j’ai décidé il y a 25 ans de monter sur scène. Et parce que la critique est toujours en faveur de l’espoir, alors sachons être critiques!